L’histoire et la géopolitique

L’histoire et la géopolitique

Quelques repères
Les lointains ancêtres des Inuit venus du continent asiatique vers le nouveau monde auraient franchi le détroit de Béring il y a environ 8000 ans, à un moment où les deux continents étaient reliés par un passage libre de glace. Tout comme les ancêtres des Amérindiens, quelques dizaines de milliers d’années plus tôt, ils suivaient le gibier marin et terrestre dont ils se nourrissaient et se sont répandus d’ouest en est par vagues successives.

Il y a 4 à 6 millénaires, des groupes inuit d’Alaska qui parlaient une langue dont sont issues les variétés yupik et inuit, se répandent dans tout l’Arctique américain jusqu’au Groenland. Puis, il y a environ 1 000 ans, une importante migration de groupes de chasseurs de baleines du nord de l’Alaska parvient au Groenland en moins de deux siècles. Ce déplacement rapide expliquerait l’actuelle unité de la langue inuit en Alaska, au Canada et au Groenland. Ces chasseurs, appelés par les archéologues  » Culture de Thulé « , seraient les représentants des Inuit actuels. Ce sont leurs descendants que les premiers voyageurs européens ont rencontrés.
Les premiers Européens à entrer en contact avec les Inuit ont été les Norrois (les Vikings). Vers 980, Erik le Rouge, venu d’Islande, explore le Groenland. Ce n’est cependant qu’au XVIème siècle, lorsque les baleiniers puis les explorateurs européens à la recherche du passage du Nord-Ouest pénétrèrent dans l’Est de l’Arctique canadien, que l’existence des Inuit fut portée à l’attention des Occidentaux.

En 1670, la compagnie de la Baie d’Hudson ouvre des comptoirs de traite des fourrures chez les Amérindiens et les Inuit. La Couronne britannique lui reconnaît des droits de propriété sur les régions de la baie d’Hudson et de la baie James.
Au cours des XVIIIème et XIXème siècles et jusqu’aux années 1930, des relations suivies et durables avec les habitants du Grand Nord sont établies par les équipages des baleinières et les négociants de fourrure ainsi que par les missionnaires anglicans et catholiques.

Dans les années 1940, les forces de l’armée américaine construisent d’immenses bases aériennes dans l’Arctique canadien visant au transport des avions de chasse vers l’Europe, au ravitaillement en fuel et au rapatriement des blessés vers les Etats-Unis. Après la guerre, le Canada ouvre des stations météorologiques et des stations radar. De nombreux Inuit quittent leur campement et s’installent à proximité de ces constructions pour y trouver un emploi.
A partir des années 1950 s’ouvre une période de grands changements dans le mode de vie inuit avec, notamment, l’implantation des services scolaires et médicaux. Dans les années 1955-1965, la sédentarisation s’organise autour des installations existantes. Les familles inuit sont regroupées dans des villages permanents, appelés « communautés « , équipés de maisons préfabriquées, d’écoles et de dispensaires.

Dans les années 1970 plusieurs associations de défense des droits des Inuit du Canada voient le jour. En 1977 est créée la Conférence circumpolaire inuit, organisme international représentant les intérêts environnementaux et culturels des Inuit du monde circumpolaire aux Nations Unies.
Ces années ont été marquées par le souhait ouvertement exprimé d’accéder à des formes d’autonomie et diverses ententes furent signées avec les gouvernements, notamment en Alaska, dans l’Arctique canadien et au Groenland. En 1979, les Inuit du Groenland accédait à une forme d’autonomie avec la mise en place du Greenland Home Rule Act, qui reconnaît le Groenland comme une société distincte à l’intérieur du Royaume du Danemark.

Au Canada, la fin du XXème siècle aura été marquée par la création du Nunavut « notre terre ». Après vingt années de négociations pacifiques, un événement géopolitique longtemps inconcevable a vu le jour avec l’avènement du Nunavut, un Territoire de plus de deux millions de kilomètres carrés s’inscrivant au sein de la Confédération canadienne dont les Inuit assument la pleine responsabilité depuis le 1er avril 1999.